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L'agrandissement de la Grande Mosquée.(1292-1293). - Lorsque l'empire almohade entra en décadence, un groupe de tribus Zénètes qui nomadisaient entre le Tafilelt et le Maroc Oriental, envahit le Maroc du Nord. Ces nomades, suivant la tradition zénète, avaient besoin d'un point d'appui fortifié, ou tout au moins d'une forteresse-refuge. Alors qu'ils commençaient de se répandre dans le Maroc du Nord et de progresser vers Fès, ils occupèrent Taza vers 1220 et la ville semble avoir été leur meilleur point d'appui pour les expéditions qui les rendirent une première fois maîtres de Fès. La réaction du calife Es-Saïd reprit Fès et le pays de Taza, mais pour peu de temps. Le calife ayant été battu et tué au Maghrib Central, les Mérinides ne tardèrent pas à recouvrer les deux villes dont la possession marquait et consolidait à la fois leur domination sur le Maroc du Nord. Pendant cette période troublée, aucune mention de constructions à Taza. Aussi bien les Mérinides n'étaient encore qu'une confédération de nomades imposant leur domination aux sédentaires. Ce n'est qu'après la prise de Fès en 1250 qu'ils commenceront d'organiser un makhzen, et ils ne feront figure de grande dynastie qu'après la prise de Marrakech en 1269. Mais pour les Mérinides comme pour les Almohades, Taza restait liée à la première histoire de la dynastie.
Son rôle devait rester considérable. Avant même qu'ils n'eussent abattu les derniers Almohades, les Mérinides eurent à repousser les tentatives d'invasion des Beni Abd el Ouad de Tlemcen, conduits par l'émir Yaghmorasen, le fondateur de la dynastie zianide. La rivalité entre les deux dynasties parentes - les Beni Abd el Ouad appartenaient, comme les Beni Merin, au groupe zénète des Beni Wasin - ne s'apaisa jamais. Les Mérinides tentèrent maintes fois et réussirent pleinement sous Aboul Hassan, puis sous Abou Inan - la conquête du royaume de Tlemcen. Les Abd el Ouadides, militairement plus faibles que les Mérinides, essayèrent de réagir et, sans jamais menacer vraiment le royaume ennemi, poussèrent des incursions en territoire marocain, Les villes du Maroc oriental furent maintes fois dévastées. Les sultans mérinides les relevèrent et les fortifièrent parfois. Mais Oujda, Guercif, Taourirt, déjà éloignées de Fès, ne pouvaient être de solides bastions. Taza fut à la fois la place d'armes et le fort d'arrêt des Mérinides contre les ennemis de l'Est. L'histoire des dynasties antérieures et leur propre expérience leur avaient appris que quiconque est maître deTaza ne tarde guère à s'emparer de Fès.
Le fondateur de la dynastie Abou Yousof Ya 'qoub ne put prendre l'offensive contre Tlemcen : il se contenta de repousser toujours avec succès les attaques répétées de Yaghmorasen. Et la guerre sainte en Espagne - où il permit aux Nasrides de consolider leur royaume - absorba une partie de ses forces. Mais son successeur Abou Ya 'qoub Yousof rêvait de prendre Tlemcen, et avant de se lancer dans la grande expédition qui aboutira au siège de Tlemcen et à la construction de Mansoura, il s'occupa avec prédilection de Taza. Les textes ne nous disent pas quels furent ses travaux de fortification 1 mais une inscription sur zellij excisé, rappelle l'addition qu'il fit faire à la grande mosquée.
Ainsi les travaux d'Abou Ya 'qoub qui ont consisté en un agrandissement de la mosquée et une réfection de la partie existante, commencés en 1292, étaient achevés en octobre 1293. On verra plus loin, en étudiant le plan et la structure de la mosquée, quel fut le programme exact de ces travaux.
Le nom du successeur d'Abou Ya 'qoub reste attaché à l'histoire de Taza. Abou Rebia, qui mourut en novembre 1310, fut inhumé dans le grand sahn de la mosquée. Sa stèle funéraire s'y voit encore. Aboul Hassan - du vivant de son père Abou Saïd vers 723-1324, dota la ville -comme beaucoup d'autres, cités du Maroc - d'une médersa, aujourd'hui bien ruinée'. Le linteau de la porte, les deux chapiteaux du mihrab et quelques restes des zellijs de la cour attestent l'ancienne splendeur de ce petit collège. Enfin on voit encore, sur le mur de la grande mosquée où elles ont été recueillies, deux inscriptions sur marbre rappelant des fondations habous faites par Abou Inan, à un maristan et à une zaouia extra muros.
Pour de longs siècles les textes sont muets sur la mosquée de Taza. L'histoire de la ville eLL l'aspect du monument peuvent donner des indications sur les restaurations dont la mosquée fut l'objet.
Pour les derniers Mérinides, Taza resta une place fort importante. Ouelquesuns d'entre eux attaqu~,rent encore le royaume abd el ouadite. D'autres eurent à subir des réactions tlmcéniennes. En 1382 la ville fut bloquée pendant sept jours par le sultan abd el ouadide Abou Hammou 3. Mais il n'est nulle trace de travaux exécutés dans la ville à cette époque: après toutes les constructions faites au xiiie et au XIVe siècles, il n'en était sans doute pas besoin.
Taza dut souffrir, comme toutes les autres villes du Maroc de l'anarchie, qui marqua les derniers temps de la dynastie mérinide. Léon l'Africain nous a laissé une description de Taza au début du xvie siècle, sous les sultans Beni Wattas. La ville comptait près de cinq mille habitants dont de nombreux juifs. Malgré sa faible population elle restait la grande place forte qui couvrait la capitale du royaume wattassite et elle avait en général pour gouverneur un des fils du souverain.
Sous les sultans Saadiens, Taza conserva son importance militaire. Le fondateur de la dynastie saadienne, Mohammed ech-Cheikh avait eu à subir une attaque turque qui amena une éphémère restauration des Wattassides. Pendant toute cette période, les prétendants malheureux allaient demander.appui à Alger et même à Constantinople. C'est avec l'aide d'une armée turques que le saadien Abd el. Malek arracha le Maroc à son neveu Abou Abd Allah qui fut, en 1578, un des vaincus de la bataille des Trois Rois. Les visées turques amenèrent cette dynastie de chorfa, parvenus par la guerre sainte, à se faire l'alliée de l'Espagne, installée à Oran et Mers el Kebir, contre les Turcs d'Alger. Mais les vieilles fortifications de Taza n'avaient pu arrêter les armées turques bien dotées d'artillerie. Ce fut sans doute Ahmed el Mansour qui, pour renforcer les remparts de Taza, éleva à l'angle sud-est de l'enceinte un vaste ouvrage, le Bastioun -inspiré de la fortification européenne de l'époque - qui pouvait à la fois porter de nombreux canons et résister à un bombardement. Mais rien ne rappelle à la grande mosquée le souvenir des sultans saadiens.
Taza était destinée à être la première capitale et la première place d'armes des dynasties montantes. Lorsque Moulay Rechid, dans l'anarchie qui accompagna la chute de la dynastie saadienne commença à se poser en prétendant, c'est à Taza qu'il s'installa vers 1665 ; il était déjà maître du Maroc Oriental et tous ses efforts tendaient à la conquête de Fès. 1-1 construisit son Dar elMakhzen au sud de la ville - à l'opposé de la grande mosquée. Mais il n'oublia pas le grand sanctuaire de sa capitale provisoire. L'aménagement du grand sahn avec ses deux galeries occidentale et méridionale - cette dernière servànt de mosquée d'été- et sa fontaine. centrale, semble bien dater de cette époque, ainsi que de menues réparations de l'oratoire. On peut donc, avec vraisemblance, attribuer ces travaux à Moulay Rechid, soit qu'il les ait fait exécuter lors de son séjour à Taza, soit qu'il les ait ordonnés un peu plus tard, pour marquer l'intérêt qu'il portait à la ville de ses débuts.
Sous la dynastie alaouide, malgré deux poussées de Moulay Ismaïl en territoire algérien, les relations allèrent s'améliorant entre l'empire chérifien et l'Algérie turque. Depuis les derniers Saadiens d'ailleurs le Maroc n'avait plus rien à redouter de ses voisins orientaux. Le Bastioun, devenu la citadelle de l'ancienne place forte, servit de point d'appui, en 1673, aux troupes du prétendant Ahmed ibn Mahrez qui luttait contre Moulay Ismaïl. Le sultan assiégea en vain le Bastioun qui résista au bombardement et aux tentatives de sape. Ahmed ibn Mahrez devait succomber plus tard en rase campagne. Ainsi Taza n'était plus qu'une place makhzen entre bien d'autres. Et Moulay Ismaïl qui bâtit tant de forteresses semble n'avoir rien fait pour la ville qui lui avait résisté. Taza perdit ainsi avec son importance militaire, le meilleur de sa vie. Ce n'était plus, dans une enceinte trop vaste, qu'un marché pour les ruraux et un petit centre artisanal.
Les pays qui auraient dû former sa clientèle, échappaient le plus souvent à l'action du Makhzen : ainsi en fut-il presque toujours des tribus du Moyen Atlas, et, à maintes reprises, des plus proches voisins de la ville : les Ghiata. Toutefois un des sultans alaouites, Sidi Mohammed ibn Abdallah, qui régna de 1759 à 1790 s'intéressa à cette ville ancienne qui restait une des places makhzen: il restaura, nous dit En-Naciri, « la mosquée et la médersa de Taza 1». A cette campagne de travaux il faut sans doute attribuer certaines réfections de détail, - assez malencontreuses - de la mosquée, en particulier les portes de la façade sud-est.
Sous Moulay Abd el Aziz, Taza fut la capitale du rogui Bou Hamara, qui installa dans les restes du Dar el Makhzen de Moulay Rechid mais ne fit rien pour la grande mosquée |